Interview-Verzeichnis (alle)

14. Juni 2012 · La Dépeche du Midi

Tannhäuser: Hartmut Haenchen conduit les représentations de « Tannhäuser » au Théâtre du Capitole.

Pour cette nouvelle production, mise en scène par Christian Rizzo, le chef allemand a choisi la dernière version orchestrale de Richard Wagner.

On avait adoré en 2010 à la Halle aux Grains sa direction incandescente de l'opéra de Richard Strauss, « Elektra ». Harmut Haenchen retrouve l'Orchestre du Capitole pour « Tannhäuser ». Familier de l'opéra du jeune Richard Wagner, le chef allemand a choisi la version pour grand orchestre de 1875. Né à Dresde, ville où a été créé « Tannhäuser », il est aujourd'hui l'invité des grandes scènes lyriques européennes. Entretien.

Strauss (Richard) et Wagner occupent une place importante dans votre carrière. Pourquoi ?

Je dirige beaucoup les opéras de ces deux compositeurs parce qu' on me le demande souvent. Mais mon répertoire lyrique s'étend de l'époque baroque aux ouvrages du XXe siècle. Il comprend actuellement soixante-dix-neuf ouvrages, de Haendel et Telemann à Zimmermann et Reimann, en passant Gluck et Mozart. Je conduirai à la rentrée « Boris Godounov » de Moussorgsky au Théâtre Real de Madrid.

Vous attachez également de l'importance à la langue des livrets des opéras que vous dirigez. Comprenez-vous aussi le russe ?

Oui. Pour moi la musique d'un ouvrage lyrique est liée à la langue. Le rapport entre les mots et la partition est à mes yeux très important. Les accents, les phrasés de l'orchestre sont influencés par le texte. Chez Wagner, qui écrivait lui-même ses poèmes, les rapports entre ces éléments sont très étroits. Et l'allemand est ma langue maternelle. Comprendre le russe et le tchèque me permet de diriger Moussorgsky, Chostakovitch ou Janacek. En revanche, mon absence de compréhension du français m'empêche de conduire Gounod ou Massenet, par exemple.

« Tannhäuser » est un ouvrage que vous connaissez bien. Pourquoi avoir choisi la version orchestrale de 1875 et non celle de la création, en 1845 ?

Cette version de Vienne est celle que je dirige. Elle représente à mes yeux la partition définitive, finale, de cet ouvrage. J'ai fait imprimer un matériel d'orchestre de cette version à Amsterdam, lorsque j'étais le directeur musical du Nederlandse Opera. Je suis heureux de l'avoir ressuscitée. Elle est destinée à un énorme orchestre, une formation de 145 musiciens. Il y a deux orchestres sur scène. Les musiciens du Capitole ne connaissaient pas cette version. Ils se sont beaucoup impliqués pour la travailler.

Quel sens donnez-vous à cette histoire de chevalier chrétien, tiraillé entre Vénus et Élisabeth ?

« Tannhäuser » est l'évocation d'un artiste. Richard Wagner nous parle en fait d'une partie de son histoire avec les femmes. Dans la production de Christian Rizzo, Vénus et Élisabeth sont les deux facettes d'une même femme. Tannhäuser est également un artiste moderne, un créateur qui refuse les règles imposées par la tradition. Le personnage est à l'image de Richard Wagner qui se battait pour la république, les idées nouvelles. Le spectacle du Capitole raconte l'histoire de façon très simple, sans rien d'extravagant.