CDs / DVDs

www.altamusica.com, 18. August 2016
..."La musique, en revanche, est à la fête, entre une distribution de haut vol et la direction philologique, d’un magnifique fondu, de Hartmut Haenchen."...
En fosse, Hartmut Haenchen, qui nous avait confié rêver de diriger à Bayreuth, ce dont sa jeunesse est-allemande l’avait privé, s’offre une belle revanche sur le destin grâce au départ tardif d’Andris Nelsons en conflit avec la direction du festival, en réalisant enfin pleinement (à la synchronisation près avec des chœurs absolument sublimes) sa vision du dernier chef-d’œuvre wagnérien, qu’il n’avait pas réussi à traduire en sons face à l’Orchestre de l’Opéra de Paris, et déjà mieux avec celui de la Monnaie de Bruxelles.
On retrouve cette fois toutes ses déclarations d’intention sur la fluidité du tissu orchestral, sur le fondu des timbres n’empêchant pas l’avancée des récits et du discours, sur la modération des nuances ne donnant que plus d’impact aux climax, sur les alliages sonores inédits, enfin sur le tempo giusto recherché comme le Saint Graal, très proche au final des durées du tableau d’affichage de la création de 1882. Un juste retour des choses pour un maestro qui avait jusque-ici peiné à confirmer la théorie par la pratique.
Yannick Millon
Ganze Rezension
www.altamusica.com, 18. Dezember 2013
Sélection CD-DVD décembre 2013

Une ribambelle de parutions précèdent notre tout prochain dossier de cadeaux de Noël. 5 CD et 2 DVD d’abord, avec Yannick-Nézet Séguin sur tous les fronts, et le choc historique des Soldats de Zimmermann à Salzbourg. Puis trois parutions Wagner au niveau très contrastés, avec un Coup de cœur pour le Parsifal de Castellucci à la Monnaie.

Wagner célébré avec des bonheurs divers…
Un Parsifal des profondeurs


Prévue initialement pour archivage interne, la captation du Parsifal de Romeo Castellucci à la Monnaie de Bruxelles est finalement commercialisée, une vraie surprise qui permettra de s’imprégner durablement d’un spectacle salué par le Prix de l’Europe francophone 2011 du Syndicat de la critique. Ou le miracle d’une première mise en scène lyrique en authentique coup de maître.

Jouant du caractère hybride du dernier drame wagnérien, mi-action scénique mi-oratorio, mi-mystère médiéval mi-célébration eucharistique, Castellucci a tenté de mettre en images les visions qui se sont imposées à son esprit à force d’heures d’écoute de la partition. Son Parsifal est donc celui des profondeurs, créant un rapport espace-temps révolutionnaire et hypnotique.

Il n’a d’ailleurs pas dû être simple de filmer ce I presque constamment dans l’obscurité, où passent seules quelques lumières rasantes de lampes torches et un chien loup, monde irréel, suffocant mur végétal vivant découvrant un cœur de forêt où rôdent des silhouettes énigmatiques, peuplé d’une humanité apeurée, en tenue de camouflage, digérée par d’inquiétants hommes-arbres.

Mais la forêt se fera buisson, inexorablement grignotée par la chaîne des tronçonneuses, en prélude à une scène du Graal vraiment invisible, réduite à un tulle éclairé d’une lumière blafarde, orné seulement d’une apostrophe bien mystérieuse. Notons au passage que bien que disponible sur le seul support DVD, la qualité du master permet ici d’éviter dans tous les passages de basse luminosité de bien vilains pixels, une réussite à saluer.

Antre psychanalytique des tortures de l’esprit, le royaume cauchemardesque de Klingsor abritera une chambre froide où le nécromancien, maestro maléfique animant des corps féminins pendus par les pieds, s’effacera devant la séance d’initiation de Parsifal au sexe féminin façon Origine du monde, où déambulera une Kundry pécheresse, très maternelle, un python albinos enroulé autour de l’avant-bras.

Le III, enfin, osera l’expérience du vide, avec son plateau nu, son unique rameau vestige de la forêt d’antan. Puis, solitude dans la multitude, trois cents figurants en marche vers l’exode, chacun pour soi, figures anonymes, se disperseront in fine en abandonnant Parsifal à l’errance sur un sol jonché de détritus, face à l’image d’une ville renversée.

Pour quitter le spectacle la tête remplie d’interrogations, on a pourtant l’impression d’avoir vécu un moment qui fera date, où la raison s’efface devant la vision, où la métaphysique éclipse la narration. Grâce soit donc rendue à Bel Air Classiques d’avoir permis de diffuser cette étape fondamentale dans l’appréhension de l’ouvrage.

D’autant que sans être parfaite, l’équipe musicale ne démérite pas. Et Hartmut Haenchen avant tout autre, distillant ici tout ce qu’il avait cherché à imposer en vain à l’Orchestre de l’Opéra de Paris en 2005, dans une lecture dégraissée, allégée et cursive mais toujours tendue, tournant le dos à plus d’un siècle de tradition. Sans les bizarreries sonores entendues dans la Grande Boutique, le chef allemand triomphe à la tête d’un Orchestre de la Monnaie plus modeste mais infiniment mieux équilibré. Et profite même cette fois de l’immatérialité des voix d’enfants à la Cène.

Andrew Richards n’a pas le plus séduisant des timbres, mais il impose l’étrangeté, l’absence, l’impalpable d’un rôle-titre très bien cerné, et avec une ineffable élégie dans la ligne. Anna Larsson est plus problématique, Kundry souvent dure, matériau bétonné dardant d’impressionnants aigus mais souvent imperméable aux sortilèges du plus complexe de tous les personnages wagnériens.

N’était un vibrato vraiment fatigué sur les longues tenues, Jan-Hendrik Rootering a l’exacte couleur de Gurnemanz, timbre plein d’aménité, déclamation d’authentique wagnérien, souffle de chêne et nuances de vieux sage. Victor von Halem impose un timbre sépulcral, Titurel puisé dans les racines d’un séquoia millénaire, et l’Amfortas de Thomas Johannes Mayer est d’un somptueux métal, presque trop insolent pour la santé défaillante du roi maudit, face à un Tómas Tómasson idéal de fiel en Klingsor.
www.altamusica.com, 06. März 2008
www.altamusica.com, 6.3.2008

La direction de Hartmut Haenchen n’est guère attaquable. Claire, intelligente, exacte, équilibrée, elle sait utiliser les splendeurs d’un Orchestre de l’Opéra décidément somptueux.
Gerard Mannoni